Nous n’avons pas de pĂ©trole mais nous avons des idĂ©es. C’est sous ces hospices qu’il est venu au monde. Les idĂ©es ne lui ont pas manquĂ©es, parfois farfelues dont la dĂ©cence nous interdit d’en Ă©voque la moindre nature et parfois gĂ©niale (beaucoup plus rares).
Il en est une qui, faut-il le dire, lui a Ă©tĂ© inspirĂ©e non par le saint esprit, mais plus prosaĂŻquement par son aĂŻeul. Ce dernier, issue d’une famille de musiciens dont on perd la trace mais que dit-on trouverait ses origines du cĂŽtĂ© de Roncevaux, vous savez, lĂ  oĂč l’on fabrique les fameux cors. Bref, quoi qu’il en soit, notre pĂ©pĂ©, organiste de son Ă©tat n’a pas daignĂ© quitter ce bas monde avant que sa descendance ne se fut doter d’une sĂ©rieuse formation musicale de la catĂ©gorie des musiques savantes 
 classique quoi.
SĂ©b chevaleresque par nature, se voyant un destin de dĂ©fenseur de la veuve et de l’orphelin, fervent admirateur de Robin dit des bois se vit donc en demeure de choisir l’instrument de la satisfaction ancestrale. Quoi de plus naturel, dans ces circonstances d’opter pour celui qui rejoindrait son orientation philosophique : ce serait le haut bois. Petit il disait le Haut des Bois, rapport au susnommĂ© Robin. On lui pardonne cette erreur de jeunesse somme toute sans rĂ©elle importance ni valeur ajoutĂ©e dans ce propos.
La jeunesse n’a qu’un temps, mĂȘme ou surtout lorsqu'elle vit SĂ©b se rĂ©pandre dans les bars pendant ses Ă©tudes de 
 on sait pas trop. En tout Ă©tat de cause, c’est Ă  cette Ă©poque que Dieu lui est apparu. Comme vous savez comme moi que sa volontĂ© est impĂ©nĂ©trable, elle prit cette fois la forme du blues et l’incarnation d’un certain Clapton. Pas besoin de vous faire un dessin, pour vous dire que le sien, le dessein, Ă©tait clair. Depuis il collectionne les guitares, d'un seul modĂšle d’une seule marque pour laquelle ne touchant aucune rĂ©tribution nous nous garderons de prononcer le nom.

Peu importe, l’essentiel est qu’il les fasse vibrer, et pour cela il s’y entend le bougre.

Ancien athlĂšte de haut niveau, il en conserve la fougue. Le blues lui saute aux yeux en foulant les pistes d’entrainement rouges Ă  l’époque
 allez comprendre. Toujours est-il qu’il se dit alors : « tiens si je montais mon premier groupe, anticipant dĂ©jĂ  sur la suite des Ă©vĂ©nements ? Â». Ainsi est nĂ© Perhaps. DĂ©buts laborieux. Batteur Ă  vĂ©lo, caisse claire sur le porte bagage, guitare acoustique (l’électricitĂ© n’était pas encore installĂ© partout), les amplis cramaient sous le toit de la maison (y’avait pas encore la clim non plus). Ça a quand bien foutu les ch’tons Ă  TĂ©lĂ©phone (le groupe, pas le moyen de communication qu’il fallait 6 mois avant d’obtenir une ligne) quand, de passage dans la rĂ©gion, Perhaps a fait leur premiĂšre partie. LĂ  ils se sont dit : Â« gaffe y’a d’la concurrence Â». Mais papa et mamman voulaient un « vrai Â» mĂ©tier pour leur progĂ©niture. Alors la mort dans l’ñme : rangĂ©e la basse avec son manche « handmade Â» en bois de tronc d’arbre confectionnĂ©e avec tendresse par le pĂšre d’un copain qui s’y connaissait pour avoir Ă©tĂ© clairon au 3Ăšme pot de moules Ă  Dunkerque dans les annĂ©es 20 ; remisage des tambours (drums en anglais et en ricain) pour des jours meilleurs ; quant aux amplis, ils ont disparus. Les avis de recherche sont jusqu’à prĂ©sent demeurĂ©s infructueux. Je lance donc un appel : Â« recherche ampli Bouyer ST30 customisĂ© Ă  donf pour avoir l’air d’un Marshall, peint en gris martelĂ© du plus bel effet Â»

Bon, mais un « vrai Â» mĂ©tier, certes ça nourrit son homme et chacun sait qu’il a un sacrĂ© coup de fourchette l’homme, mais c’est pas tout dans la vie. Bien sĂ»r y’a l’Amour, voire au pire les amours mais on en fait vite le tour 
 Pas vous 
 Ha ! Quoiqu’il en soit, avec le nouveau siĂšcle (ne pas confondre avec le Diplodocus, savez, ce trou gĂ©ant au beau milieu de not’ belle ville de Lille 
 vous savez pas, c’est pas grave) donc, avec le siĂšcle nouveau (c’est mieux ainsi) la dĂ©mangeaison se fit plus vive. Du passĂ© faisons table rase (ça, ça vous dit quelque chose ? 
 toujours pas ? Bon je continue), changement de vie et de dĂ©cor. DorĂ©navant, la maison serait partagĂ©e en 2, Ă©quitablement. Une partie domestique : pour nourrir l’homme et assurer sa survie, si vous voyez ce que je veux dire. L’autre destinĂ©e Ă  la vraie vie, c’est-Ă -dire dans l’ordre : les potes, la biĂšre pour les potes et enfin le matos pour que les potes, une fois rincĂ©s lui extirpent sa « substantifique moelle Â» au grand dame des mioches qui rĂąlent parce que papa fait trop de bruit avec ses potes !

Ha ! Lui c’est un cas particulier. Il est issu d’une famille de frappĂ©s, Ă©migrĂ©e de drumland dans les annĂ©es qui prĂ©cĂ©dĂšrent la guerre 
. la GRANDE comme disent les anciens, comme si les guerres faisaient des petits et des grands morts. Quoiqu’il en soit, notre RenĂ©, on peut le dire sans dĂ©tour, a Ă©tĂ© Ă©levĂ© au son des casseroles. En effet, cette famille ne possĂ©dait qu’une vache famĂ©lique. N’ayant pu nourrir le p’tit Reureu des suites de privations, sa mĂšre, qui ne possĂ©dait pas non plus de biberon eu l’idĂ©e de verser le lait recueilli de l’animal sus nommĂ© dans la veille casserole du pĂ©pĂ© qui ne servait plus (la casserole, pas le pĂ©pĂ© 
 quoique
) Et pour attirer l’attention de sa progĂ©niture elle martelait la dite casserole non pas avec un marteau comme on peut le supposer mais avec un bĂątonnet. PrĂ©coce, le jeune RenĂ© ne tarda pas Ă  rapprocher les deux Ă©lĂ©ments que sont le bruit de la baguette frappant la casserole et celui du plaisir que constitue le gouleyant breuvage. Les annĂ©es passĂšrent et notre RenĂ© eu cette audace d’esprit et se dit : « si je frappe moi-mĂȘme la casserole que pourrai me faire plaisir quand et autant de fois que je voudrai Â» Pour des raisons qu’on ignore son pĂšre s’interposa. Il Ă©voqua les ancĂȘtres qui dans des temps anciens payĂšrent un vil prix pour des agissements que RenĂ© eut peine Ă  concevoir. Sa femme en fut courroucĂ©e. Finalement un compromis fut trouvĂ©. RenĂ© pourrait utiliser des baguettes Ă  la condition qu’il le fasse sur n’importe quoi d’autre que des casseroles. Tout le monde Ă©tait content, la famille Ă©tait rĂ©conciliĂ©e. Et depuis, pour la satisfaction de ses parents, le p’tit Reureu, enfin je veux dire RenĂ©, nous ravi au son de sa batterie.